Soutenir l’Arménie et l’Artsakh maintenant: L’engagement de la Fondation “Armenia” et de Raffi Garibian

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Le cinquième jour de la guerre, le 1er octobre, Raffi Garibian m’avait laissé un message vocal: “Je suis à Stepanakert, rencontrons-nous si possible.”

J’avais rencontré Raffi à deux reprises, à Genève, où j’avais donné une conférence en 2019, puis à Erevan. J’ai été surpris d’apprendre qu’il se trouvait en Artsakh.

«Pendant la guerre, j’ai senti qu’il fallait faire quelque chose. J’ai d’abord apporté une aide médicale à l’hôpital militaire de Stepanakert avec mes propres économies», dit-il et ajoute: «Viken Arabian de l’organisation “Support Our Heroes”(*) m’a fourni une liste des besoins médicaux urgents, et Haykuhi Minasyan, la directrice du Centre de réhabilitation des défenseurs de la patrie (Homeland Defender’s Rehabilitation Center) a effectué les achats.»

Dès les premiers jours d’octobre, Garibian était déjà convaincu que l’Arménie et l’Artsakh, le peuple arménien en général, n’étaient pas prêts pour la guerre. Tout était organisé à l’improviste.

Il se souvient de ses jours passés à Stepanakert, alors que les bombardements sur la ville avaient commencé. «Les médecins submergés n’arrivaient pas à trier parmi les vagues successives de 10 à 12 blessés débarqués en minibus, alors que le véhicule suivant, débordant de blessés, était déjà, 10-15 minutes plus tard, à la porte de l’hôpital. Les couloirs de ce dernier, jonchés de blessés, étaient pleins de sang. J’ai vu un jeune garçon décéder sous mes yeux malgré l’acharnement du médecin. Je n’étais vraiment pas préparé à vivre cela. L’hôpital n’était pas ma place.»

 Quelques jours plus tard, sur son chemin de retour de Stepanakert à Erevan, Garibian est témoin du passage des convois sans fin de réfugiés. A partir de ce jour, il décide de venir à leur secours.

De retour à Erevan, Garibian utilise alors ses relations, connaissances et amis proches pour collecter des fonds avec l’aide de la fondation suisse “Armenia”, pour aider l’Artsakh, les soldats blessés et les réfugiés.

Il apporte à 180 réfugiés, logés dans l’orphelinat de Vanadzor, de la literie, des serviettes et des provisions alimentaires.

Puis, il apporte une aide aux réfugiés hébergés à l’hôtel “Diana” à Goris: Elle comprend de la literie, des serviettes, des articles d’hygiène et des produits alimentaires.

Vu que la plupart des réfugiés était installée dans des hôtels, des jardins d’enfants et chez des particuliers à Goris, Garibian commence à collaborer avec les services de la municipalité et leur livre 200 paires de chaussures pour adolescents ainsi qu’un véhicule de la marque Niva tout comme des pneus d’hiver pour plusieurs véhicules. Durant la guerre et jusqu’à maintenant il fait régulièrement le trajet de Goris pour acheminer l’aide qui leur manque.

Après la guerre, 5 ambulances équipées de matériel médical sont achetées par l’organisation “Support Our Heroes” pour l’Artsakh. Deux de ces véhicules sont financés par la Fondation “Armenia” et l’entourage de Garibian.

Le dimanche 9 mai, à la Galerie municipale de peintures de Goris, la Fondation “Armenia” et la Fondation “Women’s Resource Center” ont distribué des articles de première nécessité pour les nouveau-nés à des femmes enceintes dont 14 déplacées d’Artsakh et 6 de Goris. Les paquets contenaient des duvets, des oreillers, des couches, des couvertures, des articles d’hygiène. Certains articles étaient faits main par des réfugiés arrivés à Goris. 

L’ONU et l’organisation “People in Need” apportent aussi leur aide à “Women’s Resource Center”. L’objectif principal de ce Centre à Goris est de créer des opportunités d’emploi rémunéré pour les femmes déplacées d’Artsakh.

La directrice du Centre, Ruzanna Torozyan, a déclaré que ce programme a pu être réalisé grâce aux efforts de la Fondation “Armenia” et de Raffi Garibian.

La maire adjointe de Goris, Irina Yolyan, a rappelé que Garibian a soutenu Goris pendant et après la guerre. Elle a remercié “Women’s Resource Center”, qui concentre son attention sur les femmes. «L’aide ne peut pas être grande ou petite, c’est l’humanité qui compte», a déclaré Yolyan.

S’adressant aux femmes enceintes réunies dans la salle de la Galerie municipale, Garibian a déclaré que ce programme sera maintenu. 100 autres femmes enceintes recevront leur part de l’aide dans un proche avenir. «Nous apportons les premiers secours à celles qui donnent la vie. Nous nous concentrons avant tout sur les familles des victimes de la guerre qu’elles soient d’Artsakh ou d’Arménie. Je souhaite aux enfants à naître une vie meilleure. Avant que ces enfants ne soient devenus des adultes, espérons que nous leur offrirons une Arménie où il fait bon à vivre», a-t-il déclaré.

Entouré de son équipe de bénévoles et avec le concours de la Fondation “Armenia” et ses amis, Garibian poursuivra avec  les programmes d’aide. Il soutiendra l’organisation “Support Our Heroes” dont il fait aussi partie, pour le projet de construction de 16 nouvelles maisons sur un terrain dans le village de Nakhijevanik en Artsakh. La Fondation “Armenia” prendra en charge sur ce terrain les chemins d’accès aux maisons ainsi que  le système d’approvisionnement en eau et en électricité à hauteur de USD 50’000.

En Arménie, un autre programme sera mis en œuvre prochainement dans le village de Shurnukh où environ 60 hectares de terres seront cultivés et ensemencés pour remplacer les terrains de pâturages annexés par l’Azerbaïdjan. En outre, il est prévu d’importer une nouvelle race de moutons, dont le rendement en lait sera élevé et la laine de haute qualité.

Il existe de nombreux projets, dit Garibian en précisant que 100% de l’argent récolté est attribué à ces derniers, les frais étant assumés par lui-même. «J’ai encore du pain sur la planche et beaucoup de travail en perspective» dit-il.

Il ajoute en plaisantant: «J’avais l’habitude de venir de temps à autres en vacances en Arménie, maintenant je vis ici et vais en vacances en Suisse.»

(*) Une organisation qui mène ses activités uniquement en Artsakh. 

Texte et photos de Tatul Hakobyan